Bashô et le Haiku

"glace nocturne
la ruche qui éclate
me réveille"

Bashô est un poète japonais du XVII siècle, il est le maître du Haiku.
Le haiku est une forme de poèsie très brève (3 lignes et 17 syllabes). Ces précieuses dix sept syllabes sont partagées en 5 sur la première ligne, 7 sur la seconde et 5  sur la troisième. Bien plus que de simple description d'un fait, chaque haiku cristallise un sentiment, une émotion éprouvée à la vue d'un paysage, au contact d'une situation. Entre description et méditation, les mots du haiku dévoilent le sens et le met en valeur.

"je léve la tête
l'abre que j'abats
comme il est calme"

Le haiku japonais peut apparaitre comme une immense pratique destinée à arrêter le langage, ou comme une suspension panique du langage. Sa brièveté n'est pas formelle ; le haiku n'est pas une pensée riche réduite à une forme brève mais un événement bref qui trouve d'un coup sa forme juste.
Le haiku apparait en effet dépouvu de centre comme de sujet. Comme dans les cent 100000 milliards de poèmes de Queneau, il laisse de côté l'ego ; c'est un énoncé sans "je".

"silence
le bruit d'un oiseau
sautillant sur les feuilles mortes"

Dans la poésie de  Bashô, comme dans celle de ses disciples, les mots sont simples, dépouillés de tout superflu et vont doit au but avec une sensibilité particulière. La sensibilité de l'instant, et à sa beauté, reflétait toujours chez le poéte sa conscience du mortel et de l'immortel. Pa exemple voici l'un des haiku intitulé "chanté sur le cheval" :

"du bord du chemin
l'hibiscus sur le cheval
s'est laissé brouter"

Le poète est sur son cheval ; tout à coup, le cheval aperçoit une fleur au bord du chemin, et il la dévore. Surpris par le geste brusque de son cheval, le poète, lui aussi, aperçoit la fleur et sa beauté à l'instant même de sa disparition. Et cet autre haiku :

"une vieille mare
une rainette en vol plongeant
et l'eau en rumeur"

Ici se manifestent à la fois la coexistence et l'opposition entre l'éternel (l'immuabilité de la vieille mare) et l'instantané (le "ploff!" de la grenouille). Et c'est en apercevant cette beauté de la vie instantanée de la grenouille que le poète s'aperçoit de l'immuabilité, voire de l'existence immortelle de la vieille mare qui pourtant se brise  avec le "ploff!". Ainsi l'instant révèle au poète l'éternité, mais de manière contradictoire, sous forme de sa disparition, comme quelque chose d'impossible à atteindre.

"Bashô ne cherchait ni succès, ni argent.
Pour lui, la vie était une suite de voyages."

"On ne vit  que 2 fois : à l'instant où l'on naît,
et lorsqu'on se retrouve face à la mort." BASHO