Le génie et le mythe du musicien sourd ont fait de Beethovenune sorte de légende. Il est intéressant de constater que sa musique a toujours été, de l'instant où elle fut écrite à nos jours, connue et reconnue. À aucun moment de l'histoire et c'est la première fois que cela arrive pour un compositeur, sa musique ne sera oubliée. Malheureusement, la place qu'il a prise dans les esprits empêche un de ses géniaux contemporains, Franz Schubert(1797 - 1828), d'émerger véritablement. Ils constituent à eux deux la transition qui accompagnera la musique européenne du classique vers le romantisme. Bien que parfaitement contemporains et même si leurs musiques possèdent des similitudes, ils auront chacun des styles très personnels et éminemment reconnaissables car totalement hors de tous courants. La musique de Beethoven a beaucoup évolué au cours de sa carrière : l'exemple le plus flagrant se trouve probablement dans ses symphonies : les trois premières sont encore dans un style très classique, proche de ce que faisait Mozart, tandis qu'à partir de la quatrième, son style propre émerge, mélange d'une harmonie sans concession - tonique et dominante sont à l'honneur ainsi que les cadences parfaites - et d'une forme de légèreté inouïe qu'il obtient par une parfaite maîtrise du jeu et de la sonorité des instruments.
De l'autre côté, on trouve donc Schubert, beaucoup moins célèbre en son temps, mais tout aussi fin compositeur. Dans un style très différent de celui de Beethoven, il propose lui aussi des compositions où le classicisme pur a été abandonné au profit d'un genre qui lui est propre mais qui n'appartient pas encore au romantisme. Il est surtout connu pour la quantité astronomique de lieder qu'il a produits - plus de six cents et pas moins d'un millier de références d'œuvres en trente ans de vie - mais également pour ses symphonies, dont la huitième, inachevée, est le summum de son art et préfigure le romantisme. Ses compositions tout en détail sont un modèle de dentelles musicales : le mariage des timbres et des mélodies parle directement à nos oreilles. La sonate en Mi bémol dite parfois pour Arpeggione est une merveille tant le mélange subtile entre thèmes des musiques traditionnelles des pays de l'est et rythmique classique est parfait. Lorsque ces deux compositeurs meurent, à un an d'intervalle, l'Europe musicale est déjà en marche vers un nouveau courant : le romantisme.