Les origines du blues : "The blues has always been here"Le blues, comme toute forme de musique populaire, est le
résultat d'influences diverses et variées qui se sont
accumulées au fil du temps. Vouloir dater son origine serait
bien prétentieux et vain surtout que le mot blues
n'apparaît dans aucun texte avant le début des
années vingt; tout au plus peut-on établir certains
repères chronologiques qui ont eu leur importance dans sa
naissance et son évolution.
L'esclavage
A l'arrivée des esclaves noirs au début du
18ème siècle, ceux-ci apportent avec eux une culture
orale et quelques instruments de musique (tambour, balafon* et
banjar**). Les danses étant interdites (trop sexuelles) ainsi
que les tambours (susceptibles de véhiculer des messages), les
esclaves inventent les worksongs ou field-hollers, sorte de chants qui
rythment le travail dans les plantations (un chanteur lance une phrase
reprise par les choeurs).
Petit à petit une forme primitive de blues se développe :
Pendant la journée il aide à supporter le travail et le
soir à la veillée il évoque les espoirs et la
tristesse mais sert aussi à véhiculer les informations.
En effet des esclaves affranchis vont de ferme en ferme tels les
griots*** africains pour donner des nouvelles d'untel ou untel. Ce sera
le début des migrations du blues suivant les aléas
économiques : en remontant le Mississippi vers le nord mais
aussi vers la Californie. Parallèlement les esclaves commencent
à fabriquer des instruments pour accompagner leurs chants et le
rythme traditionnel du blues à 12 mesures se met progressivement
en place.
Evolution de l'instrumentation
Qu'il soit profane ou bien d'influence religieuse sous sa forme
gospel, le blues verra ses musiciens adopter les instruments à
leur disposition. C'est ainsi qu'aux instruments traditionnels
africains il se verra adjoindre les violons (en provenance
majoritairement d'Europe de l'Est) puis un peu plus tard les guitares
hawaïennes lors de l'annexion des îles Hawaii (1898)
L'émancipation
En 1863 le président
Abraham Lincoln donne la
liberté aux noirs des Etats du Sud. Si certains
émigrèrent vers Chicago ou New York, la majorité
resta dans le Sud. A l'époque avaient été
créés les coon songs, sorte de mélange d'airs
populaires, de danses et de spirituals, que les blancs composaient pour
se moquer des noirs. Les noirs reprirent ces recettes pour se produire
dans des shows itinérants en y incluant petit à petit le
ragtime qui était en train de naître (le ragtime fut
d'abord joué au banjo avant de devenir un typique du piano)
Le blues du Delta
En ce début du vingtième siècle naît
le blues du Delta : C'est un blues joué à la guitare
(avec parfois l'adjonction de la washboard ou planche à laver)
et qui reste très primaire. Les figures de proue seront
Charley Patton (1887-1934),
Blind Lemon Jefferson (1897-1930),
Leadbelly (1885-1949) et
Bessie Smith(1895-1937). Contrairement aux idées reçues le blues du
Delta n'est pas antérieur au blues urbain, ils se sont juste
développés quasi-simultanément.
Le blues urbain
En raison des vicissitudes économiques, bon nombre de
noirs vont émigrer vers les villes à partir des
années 1870. Si le blues du delta est joué dans des
granges pour un petit nombre de personnes, le blues urbain, joué
dans des clubs ou dans la rue, nécessite une sonorisation plus
forte pour pouvoir être entendu. C'est ainsi que commenceront
à se former de véritables orchestres de blues avec basse,
batterie, piano, guitare et parfois cuivres sous l'influence des
musiciens de jazz. Jusqu'à la seconde guerre mondiale le blues
urbain éclipsera le blues rural grâce à des gens
comme
Big Bill Broonzy (1898-1958),
T Bone Walker (1910-1975) ou
Lonnie Johnson (1899-1970) tandis que la Nouvelle Orleans verra se produire de grands pianistes comme
Champion Jack Dupree (1910-1992),
Professor Longhair (1918-1980) ou
Big Joe Turner (1911-1985).
La suite
De façon arbitraire on peut dater la fin de
l'époque "origines du blues" à la grande crise de 1929 et
aux années qui l'ont suivie. Par la suite l'émigration
sera massive vers les grandes cités industrielles du nord
Detroit et surtout Chicago. Celle-ci deviendra la capitale du blues
jusqu'à la seconde guerre mondiale. Tombé dans l'oubli
après la guerre il sera réhabilité par de jeunes
blancs fascinés et respectueux :
Keith Richards,
John Mayall,
Peter Green,
Jimmy Page ou encore
Eric Clapton.
Quelques dates
1863 : Abolition de l'esclavage
1867 : Publication du premier recueil de Negro Spirituals (Salve Songs Of The United States)
1899 :
Scott Joplin compose Maple Leaf Rag
1914 :
W.C. Handy compose St Louis Blues, l'un des premiers blues qui sera joué par des orchestres de Dixieland.
1920 :
Mamie Smith enregistre Crazy Blues
1923 :
Sylvester Weaver enregistre le premier blues uniquement à la guitare, Guitar Blues.
1925 : Publication de The Negro And His Song, premier répertoire de chansons populaires des noirs américains.
1926 : Premiers enregistrements de
Blind Lemon Jefferson et de
Ma Rainey
1927 : Apparition de l'harmonica avec le Memphis Jug Band
1927-1930 : C'est le début de la folie blues et des enregistrements à gogo. On peut citer
Son House,
Blind Willie McTell,
Leroy Carr ou bien encore
Mississippi John Hurt. C'est en 1931 que
Robert Johnson débute sa carrière.
1933 : Un détenu d'un pénitencier du sud est enregistré par
John Lomax. Il s'agit de la légende
Leadbelly.
* balafon : sorte de xylophone
** banjar : ancêtre du banjo
*** griot : sorte de troubadour ou de barde